Wednesday, August 19, 2009

Beirut Nightlife - Rooftops

Sésame ouvre-toi !

Par Myriam Najm

« La liste d’attente est longue… », Que de fois les noctambules ont-ils entendu cette phrase en essayant pathétiquement – il faut l’avouer – de réserver, en cette saison estivale, une table aux boites parmi les plus en vues de la capitale : Le Skybar ou le White bar.

Certains se lassent et n’appellent plus, d’autres enragent et placent leurs noms sur la fameuse liste, espérant que la chance leur sourira et qu’ils pourront pénétrer ces lieux si convoités dans un ou deux mois… peut-être. Ceci étant, Albalad a quand même tenté de faire l’expérience : après deux (très) rapide coups de fil, nous avons confirmé la rumeur générale, la fameuse liste d’attente est, en effet, quasi-interminable. Le Skybar est (accrochez-vous) complet jusqu'à la mi-septembre et le White bar, jusqu'à la fin août. Sept jours sur sept ! C’est à peine si les opératrices nous ont concédé une place à diner en cours de semaine, et encore, « il faut quitter tout au plus à dix heures trente », ont-elles ajouté, cérémonieusement.

Apparence et profit

La raison, demandez- vous ? Eh bien, nous parlons ici des deux boites de nuit les plus huppées de Beyrouth et d’une saison estivale durant laquelle les touristes affluent, en particulier les libanais travaillant à l’étranger et les Emiratis, Saoudiens, Qataris et autres arabes venus «faire la fête» dans notre petit pays.

Mais ce n’est pas tout, les «rooftops» huppés sont synonyme de critères et de «filtrage». Nous avons constaté que cela s’applique bien plus au Skybar, majestueusement perché tout au haut d’un des immeubles du Biel et surplombant la mer. Le patron, Chafic Al Khazen, n’étant pas rejoingnable, nous avons quand même eu la chance d’interviewer une personne très bien informée sur les affaires du Skybar, qui a préférée rester incognito et que nous appellerons M. X. «Tout d’abord, avant de parler de sélection, il faut savoir qu’aux côtés de M. El Khazen, le Skybar est géré par une vingtaine d’associés dont chacun «possède» une table réservée en permanence, donc non disponible aux clients; voilà une des raisons principales qui contribuent à allonger la liste d’attente», a indiqué M.X.

«Ensuite, concernant les clients, le “screening” se fait, tout d’abord, au téléphone par les opératrices. Toute personne s’exprimant en arabe «très populaire», sans le moindre accent étranger, n’obtiendra jamais une réservation, serait-ce pour le 31 février! Le client en ligne doit être très respectueux, s’exprimer en français ou en anglais impeccable, ou alors affecter cet accent libanais très «francisé ou anglicisé» propre aux membres de la haute société. Mais, surtout, il faut montrer implicitement qu’on est prêt à débourser, quelle que soit la somme», poursuit notre source.

Ce premier critère ne s’applique pas au White bar. Interrogé, le propriétaire, Tony Haber a affirmé que ses opératrices ne rejetteraient jamais qui ce soit à cause de sa manière de s’exprimer. «La discrimination sociale est interdite ici», nous a-t-il assurés.

Second critère de sélection? L’apparence physique à l’entrée. L’entrée du Skybar est l’accès est strictement contrôlée par des services de sécurité dignes de ceux de l’Ambassade américaine. Les videurs y sont tout puissants. Ils vous évaluent en un coup d’œil et décident si vouz entrez ou pas. «En l’absence d’une réservation, votre soirée risque de tomber à l’eau», a indiqué M.X, non sans un sourire.

« Nous avons tenté d’entrer un soir au Skybar sans réservation. En principe, c’était mission impossible. Mais il a suffit qu’un ami glisse discrètement un billet de 100$ dans la main du videur, et le tour était joué ! », nous avoue une noctambule. Le critère de l’apparence physique s’applique aussi au White bar. La sélection à l’entrée y est très stricte, même pour les personnes ayant réservé. «Personne ne dira jamais que le White est fréquenté par des adolescents ou des malappris», a indiqué Tony Haber. En effet, l’accès y est interdit aux personnes « ayant l’air » d’avoir moins de 23 ans.

Les scandales? Jamais!

Quelle discrimination! Me direz-vous. «Le propriétaire de la boite souhaite cibler les clients raffinés, la jet-set libanaise, ceux qui sont capables de payer, sans broncher, une facture de 5000 dollars en fin de soirée. La classe moyenne ne l’intéresse pas. C’est tout un business, l’apparence et le profit d’abord. Le «boss» du Sky est très imprévisible ; parfois il offre du champagne gratuit à toutes les tables afin d’attirer de plus en plus de clients», nous a expliqué M. X. Le White, lui, est un peu plus accessible à la classe moyenne en question. Une soirée en weekend coûtera en moyenne 70 à 80 dollars par personne.

«En même temps, M. El Khazen souhaite que sa boite demeure «libanaise», peu de clients sont arabes, ou alors des princes de haut rang uniquement. Il n’y a jamais eu de scandales au Skybar, à ce que je sache, et l’achat de tables n’est pas permis», a-t-il affirmé, en référence aux frasques commises par les émiratis et saoudiens en vacance au Liban. Idem pour le White bar, «Tout le monde a sa chance de veiller, nous ne vendons jamais de tables. Ma boite est irréprochable. Le Liban est si petit, en cas de scandales, je vous assure que le nom de mon bar aurait été terni depuis longtemps», a affirmé M. Haber. Terni? jamais! Le nom de votre boite est toujours aussi «white», M. Haber!

Conclusion? Plus votre boite est selecte, chère et suscite les ragots, plus votre liste d’attente … s’allongera!